AÏKIDO, FEMMES ET COMBATIVITÉ. Un art martial engagé contre les violences faites aux femmes

Nous republions volontiers un entretien donné par notre prof, Yolaine Cellier, au Magazine Taekwondo Choc, paru dans le numéro 124.

Toutes les filles devraient pratiquer un art martial.
En règle générale, les activités physiques que l’on propose spontanément aux petites filles (danse, gymnastique, équitation, natation…) construisent certes leur corps et leur esprit, mais ne leur permettent pas de s’entraîner à des conflits physiques. Pendant ce temps, les garçons vont remplir les créneaux de judo, karaté, rugby… où la proportion de filles ne fait que diminuer avec l’âge, l’arrivée des règles, et encore plus celle du premier enfant.

Donc à l’infériorité des performances physiques, parfaitement intériorisée par les filles dès le primaire, s’ajoute celle d’une inégalité majeure d’entraînement dès le plus jeune âge. Or toutes les filles et femmes devraient pratiquer un art martial, en premier lieu pour apprendre se défendre elles-mêmes sans dépendre d’une tierce personne, dans la rue comme dans leur quotidien, mais aussi parce qu’apprendre à se confronter physiquement à l’autre, c’est renforcer sa combativité et son assertivité. Être sur un tatami mixte habitue aussi les garçons et les hommes à voir les filles et les femmes non plus comme le « sexe faible » à dominer ou à protéger, mais comme des partenaires à part entière, des combattantes, des personnes à traiter à égalité, dans le respect mutuel.

L’aïkido, art martial de défense, sans compétition ni catégorie.
L’aïkido est principalement un art martial de défense. Il se fonde sur la maîtrise de l’autre à travers un positionnement juste dans le temps et dans l’espace (ma-aï 間合い), en utilisant la force de l’autre pour le déséquilibrer et neutraliser son attaque, afin de l’éloigner par une projection ou de l’immobiliser, tout en préservant sa propre intégrité et celle de son partenaire.

Sans compétition, les entraînements sont toujours mixtes, tout le monde pratique avec tout le monde. Sans considération de taille, de poids, de genre ou d’âge. C’est un art martial qui fait travailler sa posture par rapport à l’autre, la fluidité et la justesse des mouvements, ainsi que son regard et son attitude générale (shisei 姿勢) afin d’anticiper les situations.

Depuis 2024, les deux fédérations d’aïkido, FFAB et FFAAA, mènent des actions fortes pour montrer leur engagement contre les violences faites aux femmes. À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, elles organisent un grand stage national solidaire composé de deux temps forts : un stage classique le matin animé par deux techniciennes de haut niveau, puis l’après-midi, une initiation à la self-defense ouverte à tous. L’ensemble des bénéfices de la journée sont reversées à une association locale engagée contre les violences faites aux femmes. Pendant la journée, un temps de sensibilisation est consacré à ce sujet, pour que chacun prenne conscience de l’ampleur de ce phénomène et réfléchisse à la manière dont il/elle peut contribuer au quotidien pour le réduire.

Les arts martiaux, qui ont pour principe la combativité dans le respect de l’autre, ont plus que jamais un rôle majeur à jouer dans le long combat contre les inégalités de genre, sur et en dehors des tatamis.

Yolaine Cellier
5ᵉ Dan d’Aïkido
Membre de la Commission Nationale Féminine de la Fédération française d’aïkido et de budo (FFAB)
Enseignante au dojo La Fleur et le Sabre, Paris 5ᵉ